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Article rédigé par Camille Chen, Pierre-Henri Seynave et Philippe Wang et paru dans le Moniteur du Commerce International en février 2003.
La Chine des nouvelles technologies n’est plus un rêve, mais une réalité : c’est aujourd’hui un marché bien réel, mû par une croissance exceptionnelle. L’exemple des télécommunications est à cet égard significatif : avec 5 millions de nouveaux abonnés par mois en 2002, le marché du téléphone mobile a franchi le cap des 200 millions de clients en novembre dernier. Soit 13% de la population du pays le plus peuplé du monde. Et le rythme de croissance va encore s’accélérer dans les années à venir : 260 millions en 2003, 329 millions en 2004, et 417 millions en 2005… Aucun doute : un véritable « Grand bond en avant » technologique est amorcé !
Introduire la haute technologie dans l’industrie d’un pays en plein boom économique, coûte que coûte : telle est l’une des priorités de la Chine du XXIème siècle. Ainsi, 25 ans après la réforme économique, mise en œuvre par Deng Xiaoping en 1978, l’heure est venue de voir le secteur « high tech » chinois se développer tout azimut. Un développement qui s’appuie essentiellement sur trois axes politiques du gouvernement chinois : le premier, connu sous le nom de « Programme 863 », vise à rattraper et suivre les évolutions scientifiques et technologiques des pays les plus avancés du monde ; le second, le « Programme Torch », concerne l’industrialisation et la commercialisation des principales technologies ; le troisième quant à lui a pour objectif la création de zones de développement de hautes technologies (ZDHT) dans différentes régions du pays. Selon les statistiques les plus récentes, la Chine compte à l’heure actuelle 53 ZDHT de niveau national : il s’agit de zones associant recherche et développement, production, commercialisation et exportation…
Concentrées essentiellement sur les régions côtières, trois zones se distinguent des 50 autres, et se disputent âprement le titre de « Silicon Valley » chinoise : Zhongguan Cun à Pékin, capitale de la Chine, Zhang Jiang à Shanghaï, dite « la Perle de l’Orient , et Shen Zhen à côté de Hong Kong. La première se situe dans le nord du pays, et les deux autres dans le sud. Tout un symbole…
Zhongguan Cun : le meilleur réservoir de « matière grise » du pays
Créé en mai 1988, Zhongguan Cun est le tout premier parc de haute technologie de Chine, et s’étend sur 280 km2. C’est là que se trouve concentrée « la matière grise » du pays : 56 universités, dont Tsinghua - la Polytechnique chinoise -, avec 400 000 étudiants au total ; 232 centres de R&D, où travaillent quelque 500 000 scientifiques de haut niveau… Un véritable réservoir de ressources pour l’innovation « made in China ».
Au « technopark » de Zhongguan Cun, les travaux de R&D portent essentiellement sur la technologie de l’information, la biotechnologie, la pharmacologie et la protection de l’environnement. Parmi les produits « high tech » les mieux développés figurent circuits intégrés, composants électroniques, logiciels, téléphone mobile, PC portable, etc. Selon le magazine « De l’économie des hautes technologies », Zhongguan Cun compte aujourd’hui 9 773 entreprises « high tech », parmi lesquelles les plus prestigieuses au plan national, telles que Legend, Fang Zheng, Sitong et Putian. Quant aux entreprises étrangères, on peut citer les plus réputées Microsoft, Sony, IBM et Nokia, qui y ont installé 23 centres de R&D, et noter que parmi le « Top 500 » des multinationales, 43 d’entre elles y ont ouvert leurs filiales…
« Sachez toutefois que les travaux de R&D sur les composants électroniques, l’élément clé de la haute technologie, sont peu avancés en Chine », fait remarquer Wu Youwen, ingénieur à Legend, la plus importante des entreprises chinoises spécialisées dans les produits « high-tech » ; « à mon avis, nos chercheurs ont encore des progrès à faire pour rattraper leurs homologues américains ». De son côte, Song Yang, directeur d’une société de logiciels à Zhongguan Cun, estime que « les Chinois ont en la matière environ 2 à 3 ans de retard sur les Américains » …
Un retard qui sera probablement comblé dans un proche avenir, puisque, d’une part, le gouvernement chinois a décidé en 1999 de mettre tout en œuvre pour accélérer le développement du secteur « high tech », et que d’autre part – phénomène nouveau - un nombre croissant de scientifiques chinois ou d’origine chinoise formés aux Etats-Unis sont rentrés définitivement au pays. Et tous – ou presque – ont choisi d’exercer leurs talents dans les « technoparks » de Chine, dont Zhongguan Cun.
Actuellement, l’un des obstacles les plus importants, susceptible de ralentir ou de freiner le développement du secteur « high tech », reste le problème de financement. En Chine, 80% des frais de R&D et de création d’entreprises « high tech » proviennent de l’Etat : celui-ci reçoit des centaines de milliers de demandes de subventions par an, et ne soutient financièrement qu’un projet sur… 10 000 ! Résultat : à Zhongguan Cun comme ailleurs, le manque de capitaux contraint certains chercheurs et entrepreneurs à faire appel à des entreprises américaines, françaises ou allemandes. Et pour faire lever des capitaux locaux, ils doivent sensibiliser la bureaucratie aux mécanismes du marché et du capital-risque. Ainsi, 79 millions d’euros ont été levés en 1999 à Pékin, un montant dérisoire au regard des14 milliards d’euros investis chaque année dans les hautes technologies aux Etats-Unis, dont 80 % proviennent du secteur privé, et sont dirigés vers la Silicon Valley.
Si les Chinois sont les premiers épargnants au monde, avec 787 milliards d’euros sur leurs comptes en banque, les plus fortunés rechignent cependant à investir dans le cadre du capital-risque, formule de placement jugée trop coûteuse – l’impôt sur les revenus mobiliers en la matière s’élèvent à 33% -, et aussi trop risquée pour permettre d’espérer un retour sur investissement rentable. D’autant qu’en Chine, le système de capital-risque n’en est qu’à ses balbutiements…
De l’avis des entrepreneurs chinois, le problème de financement n’est pas sans issue. Plusieurs solutions existent : il faudrait laisser les scientifiques posséder toutes les actions des sociétés qu’ils créent, et non plus les limiter à 25 % seulement du capital social ; garantir les droits de la propriété intellectuelle ; développer un véritable système de capital-risque. Et enfin privatiser les banques, pour sortir du monopole d’Etat. Le gouvernement chinois doit par conséquent encourager une réforme profonde et poursuivre la modernisation jusqu’au cœur du système politique et économique …
Pour l’heure, Pékin ne dispose pas encore des moyens financiers ni des conditions matérielles de la Silicon Valley aux Etats-Unis, mais le potentiel humain est là, et l’ambition du gouvernement est claire : faire de Zhongguan Cun l’un des meilleurs « technoparks » du monde dans les 10 ans à venir…
Zhang Jiang : un « technopark » compétitif
Beaucoup moins étendu que son rival du nord, avec une superficie de 25 km2, le centre de hautes technologies de Zhang Jiang s’est implanté en juillet 1992 dans la banlieue est de Shanghaï. A la différence de Zhongguan Cun, Zhang Jiang comporte peu de facultés scientifiques – il en existe 5 à 6 -, et le potentiel de développement s’en trouve relativement limité en matière de R&D.
Néanmoins, Zhang Jiang a su compenser un tel handicap par la mise en place d’une stratégie adaptée à sa propre situation. Ainsi, au lieu de diversifier les projets de recherche, le « technopark » de Zhang Jiang consacre l’essentiel de ses activités à deux domaines : d’une part la technologie de l’information, et d’autre part la biotechnologie et la pharmacologie. En technologie de l’information, la politique de Zhang Jiang consiste essentiellement à développer les secteurs suivants : circuits intégrés, PC, logiciels et télécommunications; dans l’industrie médicale, l’effort de recherche est porté sur l’innovation biotechnologique, la modernisation de la médecine chinoise traditionnelle, etc. Objectif visé ? Devenir le meilleur centre d’innovation et de fabrication de médicaments de Chine.
Aujourd’hui, quelque 2 000 entreprises et centres de recherche, qu’ils soient chinois ou étrangers (Roche, Amersham, Kirin, Boehringer Ingelheim, Glaxo SmithKline Beecham, Sankyo Medtronic…) sont implantés à Zhang Jiang. Certes, l’ensemble constitue un parc beaucoup moins important que celui de Zhongguan Cun (qui compte 10 000 entreprises et centres de recherche), mais encore une fois, Zhang Jiang a su tirer avantage de ce qui apparaît comme son point faible. Partant du principe que, bien gérée, une petite structure peut s’avérer plus réactive et plus compétitive, la Direction du « technopark » de Zhang Jiang fait de la réactivité une règle d’or, et la quasi-absence de bureaucratie, encore très présente à Zhongguan Cun, constitue un gage d’efficacité. Voici une anecdote significative, qui a fait la Une de la presse économique chinoise : en 2001, la célèbre société chinoise de composants électroniques International Electronic Component cherchait un parc pour y construire une usine de fabrication de circuits intégrés. Montant des investissements : 1,5 milliard de dollars. Son premier choix se porta naturellement sur Zhongguan Cun. Mais la société a vite déchanté, lassée par les lenteurs administratives avec lesquelles son dossier était traité. Résultat : c’est Zhang Jiang qui a remporté le contrat. La raison en est simple, comme l’explique Zhang Jingru, le Pdg d’International Electronic Component : « Zhang Jiang a su se montrer très réactif et efficace : en l’espace de 13 mois seulement, tout est bouclé », de la recherche de terrain jusqu’à l’entrée en fabrication, en passant par les travaux de construction de l’usine et le recrutement du personnel…
La rivalité n’existe pas seulement entre Zhang Jiang et son « grand frère » du nord. Au sein même de l’immense ville de Shanghai, plusieurs « technoparks » de niveau municipal se livrent aussi à une concurrence féroce. Pour attirer et retenir les meilleurs scientifiques du pays, voire du monde, pour réunir les capitaux nécessaires, pour devenir plus compétitif que ses rivaux… Ming Hang, un « technopark » de 7,2 km2 implanté en plein cœur de Shanghaï, constitue à cet égard un exemple remarquable. Ses atouts : une infrastructure ultra-moderne, avec centres de recherche, sites de fabrication, et un cadre de vie idéal (villas, espaces verts…). Mais sa plus grande originalité réside sans doute dans sa politique fiscale, notamment en faveur des investisseurs étrangers. « Pour encourager les étrangers à venir investir dans notre parc, explique Tao Suhua, vice-présidente directrice générale du « technopark » de Ming Hang, « nous leur proposons une série d’avantages fiscaux, par exemple l’exonération d’impôts sur les sociétés durant 3 ans, suivie d’une réduction fiscale de 50% durant 4 ans, voire plus ».C’est clair : Ming Hang a un besoin urgent de capitaux pour se développer, tout comme Zhongguan Cun, Zhang Jiang et autres « technoparks » qui fleurissent un peu partout en Chine. A bon entendeur…
Shenzhen : un gigantesque site de production des Nouvelles technologies
Première « Zone économique spéciale » de Chine, première ville à s’ouvrir à l’économie occidentale au début des années 80, Shenzhen se veut aussi un « technopark » de premier rang. Projet ambitieux ?
Profitant du dynamisme de ses deux voisins, Canton et Hong Kong, Shenzhen a bâti d’abord son développement sur les industries légères tournées vers l’exportation et financées par les capitaux étrangers. Puis, avec l’ouverture progressive du reste de la Chine aux échanges internationaux, et la délocalisation de productions à faible valeur ajoutée vers des régions du monde aux coûts salariaux moins élevés (Chine, Vietnam, Philippines, Pakistan…), la ville a décidé de réorienter sa politique industrielle vers le secteur des hautes technologies. En 10 ans, la part des hautes technologies dans le PIB est passée de 8 à 42 %.
Zhonxing et Huawei Technologies sont deux entreprises de Shenzhen fondées à la fin des années 80, au moment où l’économie de marché se développait particulièrement vite. Elles sont entrées dans l’industrie des équipements en télécommunications, qui a connu un essor important (ou « considérable) dans les années 90. L’un comme l’autre équipementiers occupent désormais une position dominante dans les télécommunications chinoises.
Dépourvu d’universités et de centres de recherche majeurs, Shenzhen ne constitue pas pour l’instant un « technopark » au sens propre du terme. Mais une chose est sûre : c’est un gigantesque site de production mondiale d’ordinateurs. En 2000 par exemple, 1 500 entreprises y ont produit 10 % de la production mondiale de disques durs. La zone réalise l’équivalent de la moitié de la production « high-tech » de Shanghaï, et détient la plus forte création de valeur ajoutée en Chine. L’un des points faibles de Shenzhen reste sa très forte dépendance par rapport aux investissements étrangers. En effet, 65 % des investissements sont réalisés par des Hong Kongais ou des Taïwanais, et les investisseurs les plus présents sont Japonais, Américains et Coréens. Autre point faible : l’absence de structures de capital-risque, qui empêche Shenzhen de transformer son pôle industriel en un véritable pôle de recherche autonome.
Zhongguan Cun, Zhang Jiang, Shenzhen… Trois noms, trois vitrines de l’industrie « high tech » de Chine. Si ces « Silicon Valley » en herbe constituent des îlots de croissance dans un océan qui reste à explorer, elles ont, chacune, joué un rôle propre et déterminant, entraînant dans leur sillage une multitude de ZDHT qui se trouvent dispersées un peu partout en Chine. Pas de doute : 37 ans près la « Révolution culturelle », l’heure est à la Révolution technologique.
La Chine s’est éveillée aux hautes technologies !
Sources : Agence Chine Nouvelle,« Perspectives Chinoises », « Figaro Economique », « Le Quotidien du Peuple », rapports de la DREE sur Shenzhen, « Le Monde », « De l’économie des hautes technologies », « Le parc de hautes technologies de Zhongguan Cun », « Réflexion sur le modèle de Zhongguan Cun » (Wu Fu, éditions Economie chinoise, avril 2002), « Marketing magazine ».
Article paru en septembre 2004 dans la Volonté des PME
La Russie connaît une croissance supérieure à 5 % depuis 5 années consécutives. Ce marché en plein boom de 145 millions d’habitants est aussi un réservoir de compétences qui attire les investisseurs étrangers maintenant au-delà de Moscou dans les régions. Les barrières à l’entrée sont faibles et le potentiel immense.
L’attraction de la capitale est poussée à son paroxysme en Russie
On peut considérer que l’attraction de la capitale, que l’on retrouve dans beaucoup de pays émergents, est poussée à son paroxysme en Russie. En mars dernier, à l ‘occasion du bilan des réformes de Vladimir Poutine, c’est comme si l’influence politique et la croissance économique spectaculaire de Moscou avaient détourné une fois de plus l’attention des régions. Et pourtant les 13 villes régionales qui comptent chacune plus d’un million d’habitants sont des marchés en plein boom. Ekaterinbourg, Novossibirsk, Irkoutsk, Kazan, autant de noms qui évoquent au mieux les cours de géographies du lycée. Pour Laurent Dubois, PDG du groupe FREX ce sont des villes où il travaille depuis maintenant 10 ans. Société de conseil et centre d’affaires franco-russe, le Groupe FREX, basé à Moscou, compte 60 personnes et réalise 20 millions d’Euros de Chiffre d’Affaires. Laurent Dubois, est débordé. « Le business est impressionnant ». Il commence à perdre de l’argent sur les projets de Moscou. La concurrence des sociétés de conseil y est de plus en plus rude et les clients sont persuadés de pouvoir maintenant y aller sans intermédiaire. Laurent Dubois est presque surpris que les régions représentent déjà autant. FREX représente 30 sociétés françaises auprès de 800 clients et fournisseurs russes de Moscou à Vladivostok. Parmi eux, 60 % sont à Moscou et 40 % en régions. Pour l’instant…
Les régions : un marché vierge de 120 millions d’habitants
Des grandes entreprises françaises ont déjà fait le premier pas. Beaufour-Ipsen dés 1994 à Novossibirsk. Bonduelle à Krasnodar. Danone à Togliatti. Les PME également, FREX partout en Russie à partir de Moscou, Azentis à Novossibirsk, BCV à Ekaterinbourg, Delamain à Saint-Pétersbourg… L’indice de classement des zones de chalandises, basé sur le chiffre d’affaires des ventes de la grande distribution par habitant place Moscou en 1ère position, suivi par Ekaterinbourg, Novossibirsk, Samara, Toliatti, Saint-Pétersbourg, Rostov-sur-le-Don, Perm et Krasnoïarsk. Culturellement, la première destination après Moscou pour un français, c’est encore Saint-Pétersbourg, et pourtant les marchés d’Ekaterinbourg et de Novossibirsk, même s’ils sont éloignés, représentent chacun des potentiels plus importants. Les revenus augmentent partout en Russie. En Oural, la région la plus peuplée de Russie, après la région Centre de Moscou, le salaire moyen est passé de 1999 à aujourd’hui de 100 à 250 $ par mois. Des besoins existent sur de nombreux produits : accessoires automobiles, équipements de la maison, textile, médicaments, agro-alimentaire et vin. La consommation de vin en Russie a grimpé de 26% en 2002 et le service des statistiques russes s'attend à une hausse de 72% pour 2003 (7 millions d'hectolitres). Un marché dynamique et où les français sont encore les premiers étrangers avec 15% des importations. Les petites maisons et domaines viticoles y ont largement leur place. La maison prestigieuse de cognac, Delamain, travaille à Saint-Pétersbourg avec DP Trade un partenaire russe leader dans la distribution de vins et spiritueux haut de gamme. Jacques Bonvallet, PDG de BCV, société de conseil basée à Ekaterinbourg travaille sur des projets d’implantation de maisons de Champagne et domaines de Côtes du Rhône. Attaquer le marché russe présente cependant de nombreux défis. La plupart des échanges commerciaux sont dictées par des lois souvent imprévisibles sur les taxes douanières. D’où la nécessité de passer par un distributeur russe qui maîtrise parfaitement les rouages administratifs. «Notre distributeur, Dimitri Pinski est extrêmement sérieux et maîtrise la distribution de la logistique à la vente dans ses magasins » précise M. Peyrelongue, le PDG de la maison Delamain. Ces distributeurs sont aujourd’hui dans toutes les grandes villes russes, DP à Saint-Pétersbourg, Groupe Omega à Ekaterinbourg, Sibatom à Irkoutsk et Novossibirsk.
Des compétences pointues dans l’Industrie… et l’Informatique
Dans certains cas, quand le risque logistique est trop important, il est plus simple de produire et de vendre sur place. D’une logique de vente à une logique d’investissements. L’organisation du travail soviétique a disséminé sur tout le territoire des compétences extrêmement variées qui savent aujourd’hui tirer parti de la croissance. Des zones embryonnaires et de nombreux projets émergent ainsi sur les décombres des anciens pôles industriels et scientifiques. Transformation métallurgique à Ekaterinbourg, industrie automobile à Togliatti, chaussures de sport à Rostov-sur-le-Don, agro-alimentaire à Krasnodar ou informatique à Novossibirsk. Des projets aussi avec Palmeta, le plus gros fabricant de lingerie de Russie ou une usine d’extrusion plastique pour FREX, avec un fabricant de poches de médicaments liquides, déniché après plus d’un an et demi de recherche à Ekaterinbourg pour BCV … C’est qu’il faut s’armer de patience pour ce travail de défrichage.
S’il est un des points forts de la Russie, c’est l’enseignement et la formation scientifique. Selon une étude de Microsoft Research en juin 2003, plus d’un million d’étudiants sortis d’études scientifiques dans les sept dernières années et font un réservoir d’ingénieurs particulièrement qualifiés pour l’informatique. Sur les 89 oblast de Russie, les villes qui ont tiré leur épingle du jeu sont celles qui ont continué, malgré la crise financière de 1998, à produire et retenir leurs meilleurs éléments : jeunes diplômés, entrepreneurs, chercheurs. Non seulement la croissance retient aujourd’hui les plus qualifiés d’entre eux mais elle les fait même revenir d’Europe et d’Amérique. Comme le titrait le Moscow Time en juin 2003, la fuite des cerveaux s’est inversée. En dix ans les chercheurs ont appris le business et une multitude de PME se sont ainsi développées grâce aux débouchés locaux mais aussi grâce à l’ouverture vers les marchés de l’Ouest. A Novossibirsk en Sibérie, l’informatique représente une fenêtre sur le monde. La troisième ville scientifique de Russie après Moscou et Saint-Pétersbourg est devenu en dix ans une pépinière de start-up informatiques. Azentys est une société française de développement de logiciels qui emploie des informaticiens de Novossibirsk. Après avoir lancé il y a deux ans des appels d’offre à Saint-Pétersbourg et Moscou, sans succès, Matthieu Neukirch, le PDG d’Azentis, a rencontré chez les programmeurs de Novossibirsk, non seulement des compétences adaptées à ses projets mais une attention et un dévouement particulier. « Nous nous sommes aussi faits aux 6 heures décalage horaire. L’organisation du travail, ainsi segmentée, permet un enchaînement plus clair des tâches. Grâce aux compétences de leur partenaire Novosoft, Azentis vient de réaliser une solution modulaire de gestion de flotte et de gestion commerciale pour un des opérateurs leaders en Europe du Transport, la société Giraud. « Nous trouvons chez les informaticiens russes une interactivité culturelle plus forte et une pérennité dans les relations qu’il est plus difficile de trouver chez nos partenaires indiens. En Inde « selon la tradition anglo-saxonne des affaires, les choses se font et se défont vite ». Nous travaillons avec un russe à Paris et un français à Novossibirsk. La connaissance de la langue russe est un véritable investissement d’autant que les 280 millions d’habitants de la zone CEI parlent encore cette langue. C’est ainsi que dans le choix d’implantation d’une société, les villes émergentes d’autres pays de la CEI, également russophones, deviennent concurrentes les régions de Russie : Kiev en Ukraine ou Almaty au Kazakhstan. Une ville que le Groupe FREX vient de choisir pour ouvrir son deuxième bureau en CEI.
Les clés pour réussir en Russie
-S’informer sur cette zone du monde où les français sont peu présents par rapport à leurs voisins européens; Pour le Business Information Services Newly Independent States (BISNIS), le market leader en Russie n’est plus celui qui passe d’abord par Moscou mais ce sera celui qui saura utiliser les ressources locales à travers toute la Russie et en CEI. Cette cellule d’informations pour les entreprises américaines dispose de relais d’informations à travers toute la CEI et diffuse des rapports très complets sur les opportunités de marché et d’investissements. De l’information utile et accessible sur Internet qui aurait permis plus de 3 milliards de dollars d’exportations et d’investissements en 10 ans.
-Communiquer sur ses projets et ses produits en proposant une version russe de son site Internet comme le propose Jacques Bonvallet dans l’offre de services de sa société BCV. Il y a 18 millions d’internautes russophones rien qu’en Russie et 92 % des entreprises russes ont leur site.
-Défricher pour être le premier. Pour la prospection à l'International , Laurent Dubois explique : « nous avons une stratégie tout azimuth et fonctionnons par tournée. Recherche d’informations par Internet d’abord, prise de contacts avec des acteurs locaux, puis prise de rendez-vous et déplacement».
-Faire confiance aux locaux. Une fois le partenariat créé, je n’ai pas eu plus de démarches administratives qu’en France selon Mathieu Neukirch, PDG d’Azentys.
-Un incontournable : parler russe. Recruter local ou russophone, passer par des intermédiaires franco-russes sinon.
Investir à long-terme car on peut faire un premier coup mais cela ne veut pas dire que le deuxième suivra.
Structures de conseil françaises
FREX (Moscou, Almaty)
CIFAL (Moscou, Kiev, Almaty)
Agence de Développement de l’Alsace (Moscou, Saint-Petersbourg, Kiev, Dniepopetrovsk…)
BCV (Ekaterinbourg)
Sites Internet Information
www.bisnis.doc.gouv : informations anglophones
http://www.trade.uktradeinvest.gov.uk/russia : informations anglophones
www.dree.org/russie : informations francophones